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I comme "Irimi"

1 septembre 2016 - 16:02

I comme Irimi

 

Pour dominer l’adversaire, il faut prévoir ses actes

C'est ce que dit Miyamoto Musashi au sujet du combat réel avec le sabre :

« C’est une façon de mener le combat, dans laquelle vous ne permettez pas à l’adversaire de relever la tête.

Dans le combat de stratégie, il est néfaste de vous laisser conduire par l’adversaire et de vous placer sur la défensive. Il faut à tout prix vous efforcer de diriger votre adversaire à votre guise.

Toutefois, si vous pensez cela, l’adversaire le pense aussi. Il est donc impossible de le diriger dans un sens favorable pour vous sans être capable de prévoir ses actes.

Si vous arrêtez une frappe, si vous parez le sabre qui vient vous transpercer ou si vous vous dégagez quand l’adversaire vous tient, vous êtes alors à la suite de l’adversaire dans la stratégie.

Ce que je veux dire est différent. Si vous combattez en étant parvenu à la véritable Voie, vous pouvez percevoir la volonté de l’adversaire avant que celui-ci ne fasse un geste. […] Laissez-le faire des choses inutiles, tout en l’empêchant de faire ce qui est efficace. […] L’essentiel est de vous exercer à toutes les techniques en suivant correctement la Voie ; vous parviendrez ainsi à prévoir la volonté de votre adversaire et à l’empêcher de la réaliser en rendant tous ses actes inefficaces.».

 

Kenji Tokitsu commente ainsi ce passage :

« Essayer de percevoir la volonté de l’adversaire avant qu’il ne fasse un geste est un des points les plus importants et les plus difficiles de la pratique des arts martiaux. […] Musashi écrit pour celui qui est susceptible d’avoir acquis cette capacité. […] Elle est incompréhensible dans la pratique pour ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment la technique de l’art martial ».

 

Connaître l’instant de l’effondrement et traverser l’adversaire

Miyamoto Musachi dit également :

« Lorsque vous combattez contre un adversaire, il peut arriver que vous ayez l’impression d’avoir vaincu grâce à l’avantage de la Voie, mais il se peut que l’esprit de l’adversaire ne soit pas rompu et qu’il ait perdu superficiellement, alors qu’en profondeur son esprit n’a pas perdu. Dans ce cas, renouvelez subitement votre esprit et battez-le jusqu’à ce que son esprit soit rompu et se sente complètement vaincu. Il est essentiel de le constater. »

 

« Dans la stratégie de groupe, une fois que vous avez saisi la cadence de l’effondrement des adversaires, il est essentiel de donner l’assaut sans leur laisser un seul instant d’intervalle. Si vous les laissez souffler alors qu’ils vont s’effondrer, vous leur donnez une chance de reprendre des forces.

Dans la stratégie individuelle, il arrive que, pendant le combat, l’adversaire commence à s’effondrer à cause d’une discordance de la cadence. Mais si vous vous relâchez à ce moment, vous lui donnez l’occasion de se rétablir de nouveau, et vous perdez une chance de le vaincre. Dès que l’adversaire manque de s’effondrer, persistez à le repousser par des attaques certaines, afin qu’il ne puisse plus relever la tête. Repoussez-le avec un esprit direct et puissant, et frappez-le en envoyant loin le coup, pour qu’il ne se relève plus. Il faut bien comprendre la qualité de cette frappe qui porte loin le coup. Si vous ne prenez pas de distance par rapport à l’adversaire, cette frappe est difficile à réaliser ».

 

L’enseignement du Maître Murakami, dans cette tradition du Budo

Placés dans cette perspective, les propos du Maître Murakami prennent tout leur sens :

« Posséder un sixième sens développé, apprécier à sa juste valeur son adversaire, ne sont pas des choses faciles à acquérir.

En Karaté, on ne peut attendre l’esprit sans passer par le corps, vaincre l’adversaire sans se vaincre soi-même.

Vaincre soi-même : le corps et les sentiments. […] La recherche de la difficulté est un impératif. […]

A travers cet effort, nous arrivons donc à une connaissance approfondie de nous-mêmes. Puis à une harmonie avec l’univers, puis au silence

Dans ce silence, nous percevons l’adversaire, sa présence, son corps, sa respiration, ses intentions : il essaiera de rompre notre harmonie.

Un temps s’écoulera entre sa décision et son mouvement. C’est pendant cet intervalle de temps, si minime soit-il, que nous agirons ».

 

Si l’on relie les trois notions-clés précédentes : 1 : « Un coup, une vie », 2 : Attaques très profondes, 3 : Irimi, on comprendra pourquoi le style Shotokaï Murakami ne pratique pas le combat et encore moins la compétition.

En effet, la logique du Karate-do Shotokaï Murakami conduit à éviter ce type de kumite où l’on touche légèrement l’adversaire, sans pouvoir entrer profondément dans l’attaque, sans porter un coup décisif et où l’on reprend le combat aussitôt, comme si le coup porté n’avait pas éliminé le partenaire.

Le seul test qui permet d'évaluer le niveau d'un pratiquant est la pratique de Midaré, travail d’enchaînement d’une dizaine d’Irimi-anticipations.

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Commentaires

Staff
Philippe Martinez
Philippe Martinez 1 septembre 2016 16:08

Parfait. Merci pour ce premier texte...